Les Accompagnements chorégraphiques
À l’école, le partenariat au service de l’art de la danse

 
Tout d’abord, il est fondamental d’identifier la différence entre « la danse dans l’école » et « la danse à l’école ». « La danse dans l’école » peut se définir comme des temps de représentations ou de transmissions de langages préexistants de l’art chorégraphique professionnel. Alors que « la danse à l’école » propose à l’élève d’assumer tous les rôles d’un processus de création. Ainsi, quand l’artiste est invité à mener un projet « seul » (c’est-à-dire sans aucun lien discuté avec l’équipe pédagogique d’un établissement scolaire et les collaborateurs du lieu culturel de proximité), il n’aura d’autre alternative que de mener « son » processus de création, tel qu’il pourrait le faire en tant que chorégraphe d’une compagnie. Or la fonction de l’école n’est pas de constituer un laboratoire d’expérimentation de l’art de la danse professionnelle.

Le partenariat - travailler aux objectifs de l’autre sans perdre les siens - , une notion fondamentale à la réalisation de tout projet de « danse à l’école »
Il serait naïf de considérer que les objectifs des artistes et des partenaires culturels vont évidemment rencontrer les objectifs des enseignants, au contraire. Juste à considérer nos relations à l’espace et au temps, nous ne partageons pas les mêmes vécus quotidiens (horaire régulier/horaires variables, lieu de travail unique/lieux de travail variés,…). Nos univers respectifs ne nous invitent pas forcément à l’intime connaissance des enjeux propres à nos pratiques professionnelles. C’est pourquoi nous avons besoin de nous rencontrer, de nous éduquer aux impératifs de l’autre afin d’aiguiser notre identité et de définir nos rôles dans l’ajustement du projet commun. Les discordances possibles, voire les tensions entre nos différents points de vue à propos de « la danse à l’école » paraissent même être les garants d’un projet au coeur du sensible et du vivant. À l’école, il est courant d’évaluer les apprentissages quantitativement. Par exemple, un des objectifs est que tous les enfants maîtrisent les différentes opérations de l’arithmétique à la fin du cycle 3. Au cours d’un processus de création « de danse à l’école », l’objectif est que chaque enfant, garçons et filles, s’inscrive dans un enjeu d’expression poétique et singulier et que l’écriture chorégraphique « combine » le singulier versus le collectif. Ces notions essentielles de l’art de la danse peuvent être déstabilisantes à l’école : elles mènent les classes concernées dans des procédés d’apprentissage et d’évaluation méconnus : un projet de « danse à l’école » propose aux élèves et à leur enseignant un point de départ et des objectifs définis pour mieux risquer les péripéties vers l'inexploré; une perpétuelle mise en perspective des matières dansées et de l’écriture artistique…

Pour éprouver le partenariat
Tout projet de « danse à l’école » nécessite l’implication d’un artiste en création, d’une classe et d’une structure culturelle de proximité dans le partenariat. Ces trois entités sont indispensables à la réalisation d’un des objectifs premiers de l’art à l’école : l’éducation artistique par la relation aux oeuvres. Souvent on constate que les temps de rencontre entre une classe et des oeuvres « vivantes » de l’art chorégraphique ne sont pas opérés. Comme s’il suffisait d’éprouver le « faire » de la danse. Cela n’a aucun sens, les différents acteurs impliqués dans un projet de « danse à l’école » doivent situer leur démarche dans l’histoire et l’actualité de l’art.

Là aussi, il est essentiel que ce positionnement soit travaillé au sein de rencontres entre les différents partenaires d’un projet. Chacun d’entre eux – l’artiste, l’enseignant et le responsable de la structure culturelle de proximité – doit être capable de se positionner sensiblement, de s’impliquer intimement dans la définition du sens du projet, de son contenu et de son organisation. C’est exactement ce qui est proposé au sein des formations dispensées par le « Pôle National de Ressources, Danse à l’École, Danse au Coeur » - Structure missionnée conjointement par les ministères de l’Éducation Nationale et de la Culture. Malheureusement, ces formations qui réunissent les différents partenaires concernés par les projets « danse à l’école » et qui proposent à chacun d’entre eux de lâcher prise en regard de certaines de leurs représentations et/ou d’affirmer plus ardemment leurs points de vue, ne sont pas assez
nombreuses et régulières. Comme si ces temps consacrés à la réflexion et à la pérennité de la philosophie de la « danse à l’école » n’étaient pas indispensables… Par ailleurs, chaque projet défini dans son contenu l’est aussi dans son organisation. Et il ne s’agit pas de considérer que n’importe quel contenu peut s’accomplir dans une organisation figée du type : tout projet se déroule sur l’ensemble de l’année scolaire, avec « x » heures d’intervention artistique, réparties régulièrement…Au contraire, chaque partenaire du projet doit avoir la liberté de proposer toutes sortes d’organisations possibles pour servir un contenu singulier. Et tout projet nécessite de laisser suffisamment de temps et d’espace aux élèves et à leur enseignant pour développer leurs propres explorations chorégraphiques sans s’en remettre continuellement au soit disant « savoir faire » de l’artiste. Car alors, quid de la notion essentielle de partenariat… ?

D’une écriture, l’autre…
La danse est un langage. Elle n’existerait pas en dehors de l’ambition de « s’adresser » à…d’être reçue par…Or, bien souvent, on considère qu’il suffit d’explorer des matières dansées pour « faire » de la danse. Non, la danse s’écrit et se montre. Dans le cadre d’un projet « danse à l’école », l’enfant éprouve tous les rôles du processus de l’acte de création même si la forme choisie de la restitution finale n’est pas « spectaculaire » (exposition photos, témoignage vidéo, poèmes,…du cheminement créatif traversé). De plus, l’élève doit aussi vivre l’expérience de la réception de l’oeuvre, être spectateur. Bien souvent, on ne questionne pas assez la singularité de l’art chorégraphique. La façon dont la danse propose d’autres perceptions, appréhensions et compréhensions des autres et du monde. Cet art qui n’est pas un sous langage de la littérature, de la musique, des arts visuels,…met en jeu l’être dans sa globalité et sollicite, travaille voire réhabilite la place du corps dans l’existence de chacun. Par contre il est pertinent d’interroger la notion « D’une écriture l’autre, le corps lisière entre les arts »1 : la singularité du langage de la danse et les relations fréquentes qu’il entretient avec les autres formes d’écritures. Cette problématique engage l’ensemble des partenaires et des acteurs d’un projet de « danse à l’école » à expérimenter l’idée de lien et de globalité au travers du corps dansant. Elle s’oppose au vécu parcellaire des apprentissages et plus généralement à l’éclatement de la notion du corps dans un grand nombre de nos sociétés.