Création chorégraphique dans et sur la prison
Les projets réalisés par la Cie Point Virgule en milieu carcéral

 

Paule Groleau et Claire Jenny ont mené leur premier projet de création en milieu carcéral au cours de l’été 1995 à la Maison d’arrêt des mineurs et des jeunes majeurs de Bois d’Arcy en Ile-de-France. Cet atelier avait été impulsé par le responsable des Gradés de cette détention. Après ce premier projet marquant, elles ont toutes les deux décidé de continuer et d’approfondir cette démarche. Elles ont alors initié et réalisé deux autres ateliers de création chorégraphique au sein de cette prison au cours de l’année 1996. Dans le même temps, elles ont pris contact avec les responsables des services sociaux des trois Maisons d’arrêt pour femmes d’Ile-de-France. Ayant acquis une certaine connaissance des phénomènes de la détention, elles souhaitaient s’adresser au public féminin qui, souvent, bénéficie de moins de projets créatifs que les hommes et les jeunes hommes. Ainsi, elles ont réalisé des interventions chorégraphiques à la Maison d’arrêt des femmes de Fresnes en juillet 1996, janvier, juin, juillet 1997, en mai et juin 1998 (en relation avec la Commémoration du Centenaire des Prisons de Fresnes), en janvier et février 2000 et en août 2001 (projet qui participa à la création de la pièce chorégraphique professionnelle Résilience). Au début, elles menaient à deux les ateliers de création qui duraient alors environ 15 jours. Au fur et à mesure, elles ont pu augmenter « l’ambition » de leurs projets. Elles sont notamment parvenues à mettre en oeuvre des ateliers sur de plus longues périodes et à accroître le nombre des interprètes et des collaborateurs artistiques professionnels impliqués : leur dernier processus de création à la Maison d’arrêt des femmes de Fresnes a duré un mois et il a réuni huit détenues et 10 artistes de la compagnie. Au cours de l’été 2002, Claire Jenny qui dirige alors seule la compagnie a réalisé une mission au Québec, soutenue par l’Office Franco-Québécois pour la Jeunesse. À la demande de cet organisme, elle a rencontré différents acteurs du monde de la danse, de l’art et des détentions pour évaluer l’existence de projets de création artistique similaires au sein des prisons québécoises. L’ensemble des interlocuteurs rencontrés l’ont informée de la quasiabsence de ce type de réalisation à l’exception de quelques programmes d’art-thérapie. Par contre, certains responsables de détention ont émis le désir d’accueillir ce type de projet.
Ainsi la chorégraphe de la Cie Point Virgule a mis en oeuvre une résidence de recherche de la compagnie à Montréal.

 

Cette résidence comporta :

- 50 heures d’ateliers chorégraphiques à la Maison Tanguay – la prison provinciale pour femmes de Montréal. À l’issue desquelles, les 5 détenues impliquées dans ce projet et les interprètes de la Cie Point Virgule présentèrent la restitution de leur travail au sein de cette détention : Résilience, prolongements

- cinq diffusions de la pièce chorégraphique Résilience à la Fondation Jean-Pierre Perreault au début de la résidence

- un travail de questionnement et d’exploration réalisé par les interprètes français de la compagnie et présentés sous forme de
« work in progres » à la Fondation Jean- Pierre Perreault à la fin de la résidence

- différentes rencontres avec les publics ; conférences dansées, colloques, conférences,…

Cette résidence accueillie par la Fondation Jean-Pierre Perreault et la Saison Danse Danse. Au cours de ce projet, un grand nombre de danseurs et d’étudiants danseurs québécois ont manifesté leur intérêt pour ce type de processus de création artistique singulier qui n’existe pas au Canada. Enfin en août 2006 Claire Jenny a dirigé un projet de création à la prison fédérale de Joliette (Québec, Canada) mêlant des jeunes danseurs issus de l’UQAM (Université du Québec
à Montréal) et des femmes incarcérées. Au cours de cet atelier qui proposa environ 50h. de pratique chorégraphique, étalées de mi-juillet à fin août, les 6 détenues impliquées et les jeunes danseurs ont créé une pièce chorégraphique nommée Dé-tension.
Elle fut présentée deux fois dans la même journée : la première représentation était destinée à un large public extérieur (environ 60 personnes) et la deuxième a réuni d’autres détenues et des personnels de la détention.